Le Diable perché sur mon épaule

Mon histoire est peu commune. Vous ne me croirez peut-être pas, mais un diable est perché sur mon épaule. Il me chuchote un tas de mensonges dans l'oreille. Mon problème est que je l'ai cru pendant des années. J'ai énormément souffert, au point de devenir disfonctionnel. Mais j'ai rencontré, à travers mes années d'animateur chez Phobies-Zéro, des gens qui l'ont vu et cru eux aussi.

Tout a commencé lorsque j'avais environ 25 ans. Je me suis mis à revivre, ce que je croyais être à l'époque, des souvenirs. Je me souvenais de moments passés à l'école secondaire où j'avais été tabassé. Tous ces « souvenirs » étaient toujours caractérisés par l'agression et j'étais le responsable et l'instigateur de tout conflit. Je vivais beaucoup de culpabilité. Cela me tracassait et prenait du temps dans ma journée. J'avais même fait part de cela à ma mère qui essayait de me réconforter et me raisonner comme elle le pouvait. Le tout a culminé le jour où je me rendais à Ottawa pour assister au mariage de mon ami. J'ai eu le « souvenir » d'un étudiant qui m'étranglait avec une corde de guitare. Ma respiration était extrêmement saccadée. J'hyperventilais. Aujourd'hui, je sais que j'étais en panique. Une fois à Ottawa, j'ai explosé, j'étais en pleurs. J'ai appelé ma mère d'un téléphone public du centreville. Ma mère, comme d'habitude, m'a aidé du mieux qu'elle pouvait. Toutefois, je ne lui ai dit mot du scénario qui se déroulait dans ma tête.

J'étais complètement hypersensible : une chanson triste pouvait me faire pleurer comme une journée grise. Toutefois, je ne manquais de rien. J'avais tout et n'avais aucune raison de me sentir comme cela. Suivant les conseils de mes parents, j'ai consulté deux médecins en 1999. Toutefois, avec l'été qui revenait, je commençais à me sentir mieux et je n'ai poursuivi aucun traitement.

La problématique a frappé très fort en 2000 suite au décès de ma soeur. Ma soeur a toujours été malade. Après 14 ans de maladie, elle a rendu l'âme. Cet incident m'a beaucoup ébranlé.

Peu après, un « souvenir » me hantait. Je me souvenais avoir insulté un étudiant du Cégep, de l'avoir tellement insulté qu'il m'a attaqué chez moi avec un bâton de baseball. Cela me tourmentait tellement que j'ai appelé ma mère en pleurs et lui ai fait part de ma hantise. Ma mère a sérieusement commencé à se poser des questions et m'a dit que ça n'était jamais arrivé et que si c'était arrivé, elle s'en souviendrait. Il n'y avait pas de temps pour en discuter davantage, car je devais partir le lendemain en voyage avec la compagnie à Miami Beach.

À Miami, tout le monde jouait et profitait de la plage, mais moi, je pleurais seul dans mon coin. Le scénario m'ahanté tout le voyage et je pleurais toute la journée. Comme tous les scénarios, il ne s'arrêtait pas là et continuait.

Je croyais, et ce sincèrement, qu'à la suite de cet incident, une fois en prison, le jeune homme en question s'était suicidé. Il avait laissé une lettre où il me blâmait pour avoir gâché sa vie. Ses parents avaient décidé de me poursuivre en justice, mais j'avais été acquitté du crime. Je croyais vraiment être responsable de ce crime. Je me sentais tellement coupable. Je me prosternais souvent en pleurs devant Dieu en lui demandant pardon pour ce que j'avais fait. Je voulais mourir. Je ne m'aurais jamais ôté la vie, car cela est contraire à mes croyances religieuses, mais j'espérais que le Bon Dieu mette fin à ma vie.

Lors du retour à Montréal, je me souviens qu'il y avait eu des turbulences dans l'avion. Je croyais que Dieu venait me sauver et que l'avion allait s'écraser. J'ai eu un moment de sérénité et j'ai fait ma prière. J'étais prêt à mourir. Toutefois, l'avion ne s'est pas écrasé et je me souviens d'avoir été déçu, une fois arrivé à Montréal. Aujourd'hui, je me rends compte comment c'était égoïste de ma part de vouloir que l'avion s'écrase. Il y avait au moins une centaine de personnes à bord. Je souffrais beaucoup.

Après cet incident, avec l'appui inconditionnel de mes parents, j'ai décidé de consulter. Je n'étais plus capable de travailler. Je me cachais dans les toilettes pour pleurer. Fort heureusement, mon patron était un chic type. Je lui ai fait part de mes problèmes et il fut très compréhensif à mon égard. Il m'a même offert une semaine complète de vacances pour me reposer et aller à mes rendez-vous chez le médecin. Mon médecin m'a demandé de vérifier si mes scénarios étaient véridiques. J'ai appelé un avocat et...bonheur total : je n'ai jamais été poursuivi en justice ni moi ni ma famille. Tout était le fruit de mon imagination. Après plusieurs examens, on m'a diagnostiqué un trouble obsessionnel compulsif.

Malgré mon soulagement, les scénarios continuaient. Je m'imaginais souvent battre des passants dans la rue ou des petits chiens. Je m'imaginais dans une cellule en prison. Heureusement pour moi, les traitements ont commencé à faire effet. La médication m'a permis de retrouver une certaine joie de vivre.

J'ai passé les années suivantes dans un calme relatif, mais en 2004, j'ai fait une rechute. Je me sentais toujours triste. Quelques scénarios revenaient. Je pleurais souvent. J'étais totalement épuisé. C'est alors que je suis allé chez Phobies-Zéro. Après quelques mois chez Phobies-Zéro, je me sentais mieux. J'ai réalisé que le trouble obsessionnel-compulsif touchait beaucoup de gens. Voyant mes progrès et ma facilité à parler en public, la personne qui animait avant moi, m'a demandé de la remplacer.

Il fut extrêmement difficile pour moi de distinguer les scénarios que je me faisais dans la tête de la réalité, mais aujourd'hui, je sais faire la différence. Malgré ma détresse, j'ai vraiment été béni d'avoir de merveilleux parents à mes côtés durant cette épreuve. En fait, tout le monde m'a aidé. Je n'ai jamais rencontré une seule personne qui ait refusé de m'aider. Si on ne pouvait m'aider, on me référait à quelqu'un qui le pouvait. De mes parents jusqu’à mon travailleur social, tout le monde s'est porté à mon secours. Aujourd'hui, je suis bien content de rendre la pareille à ceux qui viennent chez Phobies-Zéro.

Le petit diable perché sur mon épaule me chuchote encore de temps en temps des mensonges, mais maintenant je sais l'ignorer. Il ne me fait plus peur. Ce chapitre de ma vie est maintenant clos.