Aventures orageuses au pays de l’Été

Une autre journée sans peur et sans reproche avec un niveau d’anxiété à zéro. C’est merveilleux mais on dirait qu’il manque une petite chose. Et ce petit quelque chose qui manque, ça pourrait bien être quelques orages.

 

En effet, même s’il est acquis depuis toujours et une fois pour toutes que je n’aime pas les orages, on dirait que leurs rares apparitions en ce début d’été me déçoivent un peu car elles m’empêchent de mesurer les progrès que j’ai peut-être fait en présence de vrais orages.

 

Je sais, pour le moment, que j’ai progressé contre l’anticipation. Je suis capable de la calmer quand elle vient, je suis capable de la remettre à plus tard et je suis même quelques fois parvenu à l’oublier complètement.

 

Si bien que je ne me souviens pas, depuis 25 ans, d’un 20 juin où je suis si peu épuisé déjà, si peu pessimiste et si peu irritable à la perspective du reste de l’été. Je ne me souviens pas d’un 20 juin où ma conscience des beautés et des bontés de l’été ait été plus élevée. Bref, les outils que m’ont fournis l’Université de Montréal et Phobies Zéro fonctionnent beaucoup mieux que je le croyais contre l’anticipation.

 

Pour la première fois depuis très longtemps, je respire en juin. Je n’ai pas le cœur et le cerveau asphyxiés par le temps chaud et humide précurseur d’orages. J’ai plutôt, pour employer des termes météorologiques, le cœur et le cerveau comme un ciel dégagé ou, à tout le moins, un ciel ensoleillé avec passages nuageux.

 

C’est énorme, ce progrès contre l’anticipation car celle-ci compte pour 80% du temps de mes étés. Aussi bien dire que je n’ai pas connu l’été depuis plus de 25 ans. Et là, tout à coup, il y a des trous immenses dans mon anticipation d’orages, dans mon absurde et coûteuse fixation sur les orages. Ces trous me font enfin voir l’été avec son bleu ciel, son vert feuille et son jaune soleil. C’est comme si j’entrevoyais une nouvelle planète.

 

Je dis mal la joie que je vis en ce moment mais je sens nettement un vent frais se lever en moi, chasser les vieilles pensées de ma tête, secouer les vieilles peurs encore tapies entre mes côtes et dans mon ventre, aérer chacune de mes veines.

 

Tout ça n’est qu’un début mais c’est si beau que je ne peux déjà plus m’en passer.

 

Mais revenons aux orages eux-mêmes. Les orages réels qui existent, qui sont parfois rares et commencent à me manquer. Ils me manquent un peu parce que, depuis déjà quelques mois, j’ai acquis des armes contre eux et on dirait bien que je trépigne d’impatience de les essayer !

 

Après tout, si l’anticipation représente les tentacules du monstre de ma phobie, il n’en reste pas moins que l’orage en est la tête.

 

André Maltais … 20 juin 2014

Extrait du journal intitulé Aventures orageuses au pays de l’Été