L'Organisme

La fondatrice

Phobies-Zéro fut fondé en 1991 sur la Rive-Sud de Montréal par madame Marie-Andrée Laplante, une dame courageuse ayant souffert d’agoraphobie et de trouble panique pendant plus de 20 ans!

À l’époque de sa maladie, cette personne vivait un isolement total, ne parvenant plus à sortir de chez elle, ne serait-ce que pour prendre l’air sur son balcon! Sur le plan médical, les médecins posaient un diagnostic de dépression et prescrivaient des « Valiums », le trouble panique ne faisant pas encore partie, semble-t-il, du vocabulaire médical quotidien. Toujours à cette même époque, sur le plan psychosocial, les ressources autres que traditionnelles se faisaient, elles aussi, plus rares qu’elles ne le sont actuellement. Fort heureusement, une amie de madame Laplante viendra un jour lui tendre la main ; par sa compréhension, son écoute et le respect de celle-ci dans ses souffrances, cette personne l’aidera petit à petit à sortir de son isolement et à reprendre ainsi une vie active épanouissante.

Quelques années plus tard, madame Laplante est invitée, par un concours de circonstances, à prendre la parole et à parler de son vécu auprès de femmes souffrant de trouble panique et d’agoraphobie. Elle réalise alors combien grands sont les besoins sur le plan social, au regard de cette problématique, combien peu de services sont offerts et comment sa propre expérience personnelle pourrait être mise à contribution, à titre d’accompagnatrice de toutes ces personnes souffrantes en quête d’autonomie, de liberté, et d’un « pouvoir d’agir ». C’est ainsi que naquit Phobies-Zéro. Madame Laplante mit sur pied un premier groupe d’entraide, réunissant quelques personnes une fois par semaine, afin d’échanger et de favoriser l’entraide sur cette problématique d’agoraphobie et du trouble panique.

Ainsi, est-il permis de conclure par ce bref historique que madame Laplante, de façon fort intuitive, avait alors touché deux dimensions fondamentales aux groupes d’entraide : l’écoute des besoins collectifs et l’importance des connaissances acquises dans certaines expériences de vie , même si elles doivent parfois se révéler difficiles !

En juin 1994, madame Laplante devenait récipiendaire de la Médaille de l'Assemblée Nationale, pour sa contribution au mieux-être de la communauté.

 

Phobies-Zéro

Phobies-Zéro se définit aujourd’hui auprès de ses membres et sur toutes les tribunes médiatiques comme étant un groupe de soutien et d’entraide pour les personnes, jeunes ou adultes, souffrant de troubles anxieux sous toutes leurs formes (anxiété généralisée, trouble panique, agoraphobie, phobie sociale, phobies spécifiques, incluant depuis quelques années le trouble obsessionnel-compulsif). Les services s’adressent également à la famille et aux proches.

La philosophie de l’organisme s’énonce comme suit : « Phobies-Zéro croit en la capacité des êtres et c’est pourquoi il travaille avec eux pour les aider à grandir, à comprendre la nature de leurs problèmes et à faire face aux difficultés qui naissent des troubles anxieux. L’organisme offre le soutien nécessaire afin que les membres prennent conscience de leurs propres valeurs et apprennent à les utiliser. Le groupe fournit une réalité sociale vivante qui favorise, privilégie et stimule la prise de conscience, l’ouverture d’esprit, l’identification et l’émergence du vécu de chacun ».1 « Phobies-Zéro se définit comme un mouvement d’action, un point de départ, permettant à l’individu d’aller vers autre chose, une fois libéré de ses peurs irraisonnées. Ce n’est pas une fin en soi ».2

L’organisme travaille en étroite collaboration avec les milieux, tels les professionnels de la santé au sein des hôpitaux et des organismes communautaires, par le biais des programmes d’aide aux employés (PAE) des organisations publiques ou privées, se positionnant toujours tel un partenaire de tous ces acteurs en santé mentale. Bien que n’ayant pas toujours existé, cette collaboration entre ces diverses instances prend aujourd’hui la forme d’échanges fort constructifs. Ainsi, Phobies –Zéro invite ses membres à participer à des recherches génétiques et études sur les troubles anxieux supportés par l’Hôpital Douglas, l’UQAM, l’Hôpital Sainte-Justine et autres. On y reçoit aussi régulièrement des spécialistes de la santé afin de donner des conférences, ouvertes alors au grand public lors des soirées de rencontres hebdomadaires. Des sessions de formation sont aussi données aux bénévoles ou aidants naturels, afin de parfaire leur connaissance. À l’inverse, les CLSC et professionnels de la santé n’hésitent pas à référer l’organisme, à titre de ressource complémentaire auprès de leurs « clients ou patients ».

Sur le plan légal, Phobies-Zéro est un organisme autonome en ce qui a trait à ses orientations et son administration. Il est dirigé par une assemblée générale et un conseil d’administration. Le support financier et moral de la communauté contribue grandement à son fonctionnement. En 2005, par la qualité des services offerts, Phobies-Zéro a obtenu la pleine reconnaissance et le statut d’organisme national en santé mentale communautaire, par le Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec. Il a aussi obtenu de nombreux prix au fil des ans. Dans le cadre des prix « Hommage bénévolat-Québec », PHOBIES-ZÉRO a été retenu à titre de lauréat, pour la région de la Montérégie, dans la catégorie « Organisme communautaire ». Cet hommage est destiné à honorer sa contribution exceptionnelle au mieux-être de la communauté. En 1994, dans le cadre du Prix d’excellence de la Régie régionale de la Santé et des Services sociaux (RRSSS) de la Montérégie, une mention lui a été accordée dans la catégorie « Prévention, promotion et recherche ».

 

Les valeurs sous-jacentes

Les valeurs dominantes véhiculées au sein de Phobies-Zéro depuis les débuts sont les suivantes :

  • la tolérance et l’ouverture d’esprit, reflétées par l’absence de jugements négatifs et le respect de l’autre dans ses réflexions ou propos ;

  • la liberté, l’autonomie et l’indépendance, via la valorisation de l’effort individuel et collectif, en vue d’une reconquête des pouvoirs personnels de chacun (slogan souvent utilisé : une vie libre de peurs irraisonnées) ;

  • la compassion, la sollicitude, exprimées auprès de toutes ces personnes éprouvées par les multiples manifestations des troubles anxieux ;

  • la solidarité, l’entraide, via le partage des expériences personnelles, où chacun n’hésite pas à afficher ses propres vulnérabilités. Cette solidarité s’exprime aussi dans le fait d’encourager et de féliciter l’autre dans ses actions pouvant le mener vers la guérison ; il y aussi une solidarité dans l’état ou la manière d’être, « Je ne suis plus seule » étant un autre des slogans de Phobies-Zéro ;

  • la reconnaissance sociale, véhiculée à la fois comme une valeur et un objectif à atteindre, plusieurs personnes ayant perdu ou n’ayant pu atteindre un statut social au fil des ans, à cause de leurs troubles anxieux (perte d’emploi, perte de conjoints, distances prises avec la famille immédiate, désengagement social, etc.). Les petits rôles ou responsabilités dans lesquels les membres sont conviés à s’engager (réf. : le principe de l’entraidant) constituent pour plusieurs des moments de révélation et de redécouverte d’eux-mêmes fort importants, sur le plan personnel et social, avec l’espoir d’aller plus loin par la suite.

 

Phobies-Zéro et la santé mentale communautaire

Phobies-Zéro fut d’abord un agent de changement social au sein de son environnement. De façon forte intuitive, sa fondatrice n’a pas hésité à s’inscrire dans un nouveau courant de pensée en psychologie communautaire, où le pouvoir d’agir et de réfléchir ne devait plus appartenir qu’aux seules institutions traditionnelles, mais aussi aux individus concernés et à la communauté. La création de Phobies-Zéro eut donc lieu à un moment où la préoccupation centrale de la psychologie communautaire devenait « le changement social en vue d’un partage des pouvoirs entre les divers groupes sociaux. »3 Ainsi, dans cette perspective, l’organisme continue toujours son œuvre. Par ses principes philosophiques et ses modes de fonctionnement, valorisant à la fois le pouvoir du groupe et de la personne, à l’intérieur et en dehors du groupe, valorisant et outillant pour la reconquête de l’ensemble des capacités mentales ( cognitives, affectives et relationnelles)4, l’organisme ne déroge pas à sa mission et à un idéal manifeste de support ou de prévention en santé mentale communautaire. On peut aussi prétendre, sans risque majeur d’erreur, qu’un tel organisme exerce des fonctions préventives importantes au regard de la dépression et du suicide, deux tristes résultantes aux troubles anxieux non traités ou non accompagnés.

 

Un langage davantage connu

Depuis sa création en 1991, Phobies-Zéro a permis à un grand nombre de personnes de « mettre enfin un nom » sur leur problématique, de par la qualité des informations et de la documentation transmise lors des rencontres hebdomadaires, favorisant ainsi, via un diagnostic davantage compris et apprivoisé, les effets bénéfiques suivants :

  • la fin des incertitudes et des angoisses devant l’inconnu, la peur de devenir fou ou folle diminuant peu à peu;

  • l’espoir de trouver enfin des voies de solutions (ne plus se sentir démuni, soumis à une sorte de fatalité) ;

  • la fin du silence : à partir d’une meilleure compréhension d’eux-mêmes, les gens se sentent davantage en mesure de partager leurs difficultés avec leurs proches, la honte, la culpabilité et la peur du ridicule devenant moins fortes que le besoin de se confier.

 

Phobies-Zéro et la notion d’empowerment ou le pouvoir d’agir

Phobies-Zéro a toujours misé, fondamentalement, sur le pouvoir détenu à la fois par l’individu et le groupe. Continuellement, on encourage les personnes à découvrir leurs forces, leurs valeurs intrinsèques en vue d’utiliser celles-ci, par la suite, à l’atteinte de leurs objectifs de vie.

Phobies-Zéro se fait ainsi un environnement propice à l’actualisation de cette vision collective d’empowerment. Permettons-nous de citer ces phrases extraites d’un texte de Yan Le Bossé 5, comme autant d’expressions concordantes à la philosophie de l’organisme :

« Hier cantonnés dans des rôles secondaires, la communauté et les aidants sont devenus des partenaires aussi précieux qu’incontournables dans un contexte(…) de désinvestissement de l’État »;

« Le propos des tenants de l’approche centrée sur l’empowerment des personnes et des collectivités consiste à augmenter la capacité des personnes, individuellement et collectivement, à influencer leur réalité selon leurs inspirations »;

« L’exercice effectif d’un pouvoir d’action dépend à la fois des possibilités offertes par l’environnement et des capacités des personnes à exercer ce pouvoir ».

 Conclusion

Au cours de ses quelque 20 années d’existence, Phobies-Zéro a recueilli de nombreux témoignages de ses membres lui permettant de qualifier ses travaux et activités. Les bénéfices personnels, maintes fois exprimés par ceux-ci rejoignent essentiellement ceux énumérés par Dufort6. Mentionnons : l’acquisition de nouvelles connaissances et habilités, un sentiment accru d’espoir, une baisse d’un sentiment d’isolement ou de marginalisation, la satisfaction d’aider autrui, une nouvelle vision de son problème et de son potentiel.

Sur le plan collectif, Phobies-Zéro continue d’innover par la valorisation des connaissances expérientielles et de ses effets positifs sur le pouvoir d’agir. Il favorise de plus le renforcement des rapprochements des anciennes et des nouvelles institutions.

En conclusion, on ne peut donc que s’incliner devant la réussite de Phobies-Zéro au regard de sa mission et souhaiter que d’autres puissent emboiter le pas, pour le plus grand bienfait de nos collectivités en matière de santé mentale communautaire.

  

  Louise de la Sablonnière, MBA

Bibliographie

Dalton, J. H., Elias, M., Wandersman, A. (2001). Community psychology. Linking individuals and communities. Belmont (CA) :): Wadsworth Thomson Learning. p.275.

Dufort, F., (éd.) Guay, J. (Co-éd). (2001) Agir au cœur des communautés. La psychologie communautaire et le changement social. Québec, Presses de l’Université Laval

Gouvernement du Canada (1988). La santé mentale des Canadiens, vers un juste équilibre. Santé nationale et bien-être social.

Grossman, C.L. (2004). Labels and language : implications for prevention of DSM definition of mental disorder. Journal of primary prevention, 24, 4, 513-522.

Le Bossé, Y. (2003). De l’habilitation au pouvoir d’agir : vers une appréhension plus circonscrite de la notion d’empowerment. Nouvelles pratiques sociales, 16(2), 30-51

http:// www.phobies-zero.qc.ca

 

 

1  http:// www.phobies-zero.qc.ca 

2  Propos obtenu de la fondatrice, lors d’un entretien le 25 octobre 2007. 

3 Dufort, F., (éd.) Guay, J. (Co-éd). (2001) Agir au cœur des communautés. La psychologie communautaire et le changement social. Québec, Presses de l’Université Laval. P.125. 

4  Gouvernement du Canada (1988). La santé mentale des Canadiens, vers un juste équilibre. Santé nationale et bien-être social. 

5  Le Bossé, Y. (2003). De l’habilitation au pouvoir d’agir : vers une appréhension plus circonscrite de la notion d’empowerment. Nouvelles pratiques sociales, 16(2), 30-51 

6  Dufort, F., (éd.) Guay, J. (co-éd). (2001) Agir au cœur des communautés. La psychologie communautaire et le changement social. Québec, Presses de l’Université Laval, p.172