Trouble panique

Décrits sous le nom de névrose cérébro-cardiaque par Krishaber, puis névrose d'angoisse par Freud, les troubles paniques et leurs complications, dont l'agoraphobie, forment une entité clinique bien individualisée depuis la fin du siècle dernier.

Les critères diagnostiques proposés par l'Association américaine de psychiatrie centrent ce syndrome sur la manifestation répétée d'épisodes paroxystiques d'anxiété, les attaques de panique encore appelées crises aiguës d'angoisse. Même si la survenue d'une attaque de panique ne peut suffire à elle seule à amener le diagnostic de trouble panique, la symptomatologie de ces crises est importante à connaître pour trois raisons essentielles :Les attaques de panique sont des manifestations fréquentes. Leur prévalence sur la vie entière est d'environ 5 % dans la population en général et atteint 20 à 30 % chez les adolescents et les jeunes adultes.

  1. Les attaques de panique sont à l'origine de consultations et d'examens complémentaires multiples du fait de leurs symptômes physiques, mais aussi du fait de l'anxiété qu'elles génèrent et qui pousse les patients à chercher, en toute légitimité, un réconfort chez leur médecin.
  2. Les attaques de panique peuvent entraîner, par leur répétition, la constitution d'états d'anxiété pathologiques. Les troubles sont souvent accompagnés de phobies invalidantes (agoraphobie) et de complications psychiatriques graves (dépression, alcoolisme, abus médicamenteux).

Les manifestations des crises sont nombreuses et amènent les personnes à consulter dans les disciplines aussi diverses que la médecine générale, la cardiologie, la pneumologie, l'O.R.L. ou les services d'urgence. En effet, la personne souffrant d'attaques de panique s'y oriente souvent, spontanément, en fonction de la nature des symptômes les plus intenses, même si l'on retrouve, en discutant avec elle, d'autres éléments constitutifs des crises.

La sensation de catastrophe imminente.
Ce sentiment de peur d'apparition brutale d'une catastrophe est un élément indispensable au diagnostic du trouble panique. La personne peut le décrire de diverses manières : peur de mourir, d'avoir un malaise, de tomber, de perdre la raison, de perdre le contrôle de son comportement ou de ses sphincters. Habituellement, ces craintes sont en relation directe avec l'expression physique des attaques de panique : peur d'avoir une crise cardiaque face à des douleurs thoraciques et à une sensation vertigineuse paroxystique, peur de devenir folle face à des sentiments intenses de déréalisation ou de dépersonnalisation... De façon très caractéristique, ces peurs demeurent identiques malgré la répétition des crises et en dépit du fait que les événements que la personne craint tant de voir survenir ne se réalisent jamais.

Le dysfonctionnement du système nerveux autonome.
Les attaques de panique sont accompagnées de manifestations physiques, d'apparitions soudaines, le plus souvent dominées par des palpitations très anxiogènes. À l'examen, la tachycardie excède rarement 130/min. et peut être accompagnée d'une élévation modérée de la pression artérielle, de sueurs et de tremblements. D'autres symptômes cardio-vasculaires peuvent être présents, notamment des sensations de striction ou de douleurs thoraciques irradiant parfois dans les membres. Plusieurs études réalisées chez des patients ayant présenté de telles douleurs, mais ayant des artères coronaires normales, démontrent que plus de la moitié de ceux-ci répondent au diagnostic de trouble panique. D'autres systèmes peuvent être touchés par ces manifestations autonomes : spasmes digestifs parfois accompagnés de diarrhée, polyurie souvent associée à la crainte de perdre le contrôle de sa vessie...

L'hyperventilation et l'interprétation catastrophique des symptômes.
L'accélération du rythme respiratoire, les bâillements et les inspirations forcées sont des symptômes fréquemment observés au cours des attaques de panique ; les sensations d'étouffement et d'oppression thoracique peuvent dans certains cas évoquer une urgence respiratoire.

L'hyperventilation peut également être responsable d'un certain nombre de symptômes des crises : sensations de chaleur et de froid, fourmillements, impression de tête vide, contractions musculaires, douleurs thoraciques... Ces manifestations renforcent l'anxiété des personnes et entraînent d'autres symptômes qui ne font qu'aggraver l'intensité de la crise. Ce mécanisme de renforcement négatif, véritable "cercle vicieux psychologique" lié à l'interprétation catastrophique que la personne fait de ses symptômes, peut être contrôlé par des techniques spécifiques de plus en plus utilisées dans le traitement du trouble panique. Cependant, de nombreuses recherches démontrent que l'hyperventilation ne saurait être considérée comme la cause principale des attaques de panique, mais qu'elle en est néanmoins l'un des mécanismes possibles.

Les modifications de la perception et l'implication du cerveau.
Dans environ 50 % des cas, les attaques de panique sont accompagnées de modifications perceptuelles diverses : sensations d'instabilité, d'irréalité de soi-même ou du monde extérieur, sensations de vertige, troubles visuels, modifications de l'intensité lumineuse, intolérance au bruit... Ces difficultés d'intégration sensorielle relativement subites peuvent expliquer les difficultés de concentration et les modifications du cours de la pensée souvent rapportées par les personnes durant les attaques de panique.

Les manifestations comportementales et l'agoraphobie.
Bien que rarement spectaculaires au point de se faire remarquer par son entourage, les manifestations comportementales sont le plus souvent présentes durant les attaques de panique. Dès les premiers symptômes, la personne va souvent interrompre son activité, arrêter sa voiture si elle conduit ou trouver un prétexte pour quitter les lieux où elle se trouve.
Parfois, l'intensité de son anxiété l'amènera à réclamer de l'aide, à consulter son médecin ou un service d'urgence. Dans la majorité des cas, le réconfort résultant de ce contact suffit à atténuer considérablement les symptômes de la crise. Plus rarement, un comportement d'automédication cherchera à mettre fin à l'attaque de panique : des conduites d'alcoolisation ou la prise de doses importantes de sédatifs ont parfois comme seul but d'assurer un soulagement qui met fin aux symptômes. Avec la répétition des crises, l'appréhension des personnes peut se localiser sur certaines situations spécifiques qui seront alors évitées ou endurées avec une anxiété marquée. On parle alors d'agoraphobie, un tableau clinique caractéristique qui avait déjà été décrit en Europe au siècle dernier par Westphal et Legrand du Saulle. Ce tableau associe de façon variable la peur des grands espaces, de la foule, des transports en commun, de la conduite automobile, des magasins, des files d'attente... Peurs habituellement aggravées par la solitude et parfois source d'un handicap socioprofessionnel majeur.

La nécessité d'une prise en charge précoce.
Alors que la prise en charge du trouble panique et de l'agoraphobie est susceptible d'entraîner dans environ 2 cas sur 3 une évolution favorable, nombre de personnes ne bénéficient que tardivement d'un traitement spécifique. Ce retard est parfois lié au fait que les symptômes du trouble panique ne sont pas reconnus lors des évaluations initiales, mais aussi à la peur ou à la honte de certaines personnes face à leurs symptômes. Grâce à une connaissance de plus en plus précise des facteurs physiques et psychologiques à l'origine des attaques de panique et du trouble panique, leur évolution vers un état chronique ou des complications sévères est cependant le plus souvent évitable.

Référence: Walter, J. RE. Norton, R., Ross, C.A. (eds) Panic disorder and agoraphobia, A comprehensive guide for the practitioner, Pacific Grove CA, Brooks, 1991